Le Grosbec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes)

Le Grosbec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes)

Grosbec casse-noyaux mâle se nourrissant au sol en période hivernale (© Dervenn)

Aisément identifiable, le Grosbec casse-noyaux est un passereau de grande taille (deux fois le poids d’un Verdier d’Europe) au bec fort et conique. Les ailes sont bleutées, la couleur générale du manteau est fauve et les flancs sont beiges. Un léger dimorphisme sexuel permet de distinguer le mâle au plumage plus coloré et contrasté (tête rousse) de la femelle (tête beige pâle).

Ce passereau se nourrit essentiellement de graines dures (noyaux de cerises, graines d’ifs ou samares de charmes) que les autres fringilles ne peuvent pas consommer. La musculature de sa grosse tête dote son bec d’une puissance remarquable. Il partage en deux les noyaux de fruits ou coques de graines en utilisant leurs jointures. La force exercée par le simple mouvement de ses mandibules est d’une puissance égale ou supérieure à 40kg / cm². En période nuptiale, le bec se colore d’une teinte gris bleuté / gris plomb.

Très discret malgré son gabarit, ce gros passereau est généralement assez loquace et ses cris très singuliers et explosifs permettent de le contacter à défaut de l’observer. Il se tient généralement en haut des arbres (houppier) mais descend et se nourrit fréquemment au sol en hiver. L’espèce apprécie les graines de tournesol proposées aux mangeoires (notamment lorsque ces dernières sont installées en milieu ouvert et à proximité de grands arbres). Durant l’élevage des jeunes, l’alimentation est essentiellement constituée d’arthropodes (principalement de chenilles défoliatrices). Les bourgeons et jeunes pousses d’arbres feuillus sont également consommés.

D’affinités forestières, le Grosbec fréquente les boisements (hêtraies, chênaies ou charmaies notamment), parcs abritant de vieux arbres et milieux bocagers de qualité en période de reproduction. L’espèce est vraisemblablement sous détectée durant cette période. Les individus nicheurs se cantonnent au mois d’avril et le nid est construit une fois les feuilles des arbres sorties. Les couples se reproduisent généralement à proximité les uns des autres et défendent un territoire d’à peine 0,5 ha. Les jeunes quittent le nid à la fin du mois de mai et peuvent être détectés à leurs cris caractéristiques. L’incubation des 4 à 7 œufs est assurée par la femelle seule qui est nourrie au nid par le mâle.

Jeune Grosbec casse-noyaux / Loire-Atlantique Juin 2014 (© Dervenn)

 

Bien que les oiseaux nicheurs de l’ouest de la France soient assez sédentaires, l’espèce est migratrice partielle et des mouvements erratiques sont observés au sein même des populations françaises. Considérée comme irruptive, certains hivers voient des afflux conséquents de l’espèce. Des individus d’Europe du nord et d’Europe de l’est sont ainsi observés (hivers 1997-1998, 2000-2001 et 2005-2006), c’est le cas également depuis le milieu du mois d’octobre 2017 où des effectifs extrêmement importants sont observés en Europe de l’ouest. Généralement sociable, l’espèce est ainsi fréquemment observée depuis plusieurs semaines aux mangeoires et dans certains parcs abritant des charmes ou des ifs notamment.

L’aire de nidification du Grosbec en France couvre une grande partie du territoire et est constituée en majorité du quart nord-est, du nord des Alpes et des boisements du centre de la France. L’espèce est globalement de moins en moins fréquente d’est en ouest et peu commune ou absente sur les littoraux. La tendance actuelle de la population nicheuse française est à l’augmentation mais le peu de données disponibles (liées à la discrétion de l’espèce) rend une appréciation précise des tendances difficile. L’effectif nicheur national est compris entre 60 000 et 100 000 couples (2009-2012).

Dans l’ouest de la France, l’espèce est peu fréquente en période de reproduction et les zones de nidification connues sont principalement centrées sur les massifs forestiers de grandes surfaces bien que des boisements et parcs de surface plus retreintes accueillent également l’espèce. L’Ille-et-Vilaine semble accueillir la plus importante population nicheuse de Bretagne. Une tendance à l’augmentation est observée depuis une vingtaine d’année en Bretagne et des massifs autrefois désertés abritent désormais l’espèce, notamment dans le Finistère.

Les abondances de ce passereau sont cependant probablement sous-estimées du fait du manque de recherches d’indices de nidification certaine durant les mois de mai et de juin.

Rédaction : H. Touzé