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Comment gérer la prolifération d’une espèce invasive, la Crassule de Helms, sur le lac du Gast?

Il y a trois ans, nous étions missionnés par l’Institution Interdépartementale du Bassin de la Sienne pour définir l’impact sur la biodiversité d’un éventuel curage de la queue du lac du Gast. Si la phase de diagnostic s’est déroulée comme prévu, le reste du projet a pris une tout autre dimension. Explications.

Posons tout d’abord le décor : le lac du Gast est une retenue d’eau artificielle créée dans les années 70, située en amont du bassin versant d’un cours d’eau, la Sienne. Le premier est localisé dans le Calvados, le second majoritairement dans la Manche — d’où la nécessité d’une coordination interdépartementale. Bien que peu de passants viennent s’aventurer sur les bords du lac, ce lieu est particulièrement accueillant pour la faune, notamment les oiseaux migrateurs. Seule ombre au tableau : la présence d’une espèce invasive dans la zone de la préretenue, au doux nom de Crassule de Helms.

Cette plante est problématique à bien des égards : elle se constitue en tapis flottants souvent très denses, qui réchauffent l’eau en été et créent de la matière organique qui se dépose au fond du plan d’eau — des conditions propices à sa propagation. Ainsi, l’Institution Interdépartementale du Bassin de la Sienne a dans un premier temps envisagé de réaliser un curage de la pré-retenue, et a fait appel à notre équipe Dervenn Conseils Ingénierie pour étudier la faisabilité d’un tel curage, et évaluer son impact écologique positif ou négatif. Ce diagnostic devait ensuite être suivi d’un plan de gestion écologique permettant entre autres de prévenir la réapparition de la Crassule de Helms.

Savoir conseiller pour réorienter

Nous avons donc mobilisé quatre membres de notre équipe de choc : Hugo pour observer la faune, Vincent pour la flore, Marine pour les chiroptères et Maël en chef de projet. Ce que le diagnostic a dénoté confirmait la demande initiale de l’Institution Interdépartementale du Bassin de la Sienne : les effets négatifs sur la préretenue de la Crassule de Helms ont été démontrés, notamment sur la biodiversité et les fonctions hydrauliques du lac du Gast.

Cependant, nos études ont révélé des risques forts liés au curage de la préretenue sur l’avifaune migratrice — et modérés sur l’avifaune nicheuse. En parallèle, notre partenaire ICEMA, chargé du diagnostic sédimentaire a lui aussi souligné l’impact de la présence de la Crassule sur les volumes et la plasticité des sédiments à curer.

En définitive, la solution initialement envisagée n’était pas celle à mettre en œuvre, et c’est ce que nous avons conseillé à l’Institution Interdépartementale du Bassin de la Sienne, de concert avec ICEMA. En lieu et place, nous avons proposé de déployer un projet expérimental de gestion de cette espèce invasive, et réuni autour de la table tous les acteurs engagés dans cette réflexion.

Savoir rassembler pour mobiliser

Nous avons donc réuni les acteurs institutionnels, les agents des départements en charge de l’environnement, la DREAL, les associations (CEN Normandie) et les conservatoires botaniques référents (antenne Normandie du conservatoire national botanique de Brest) ainsi que l’agence de l’eau Seine-Normandie, pour envisager un plan d’action commun face à la Crassule de Helms. En amont, notre équipe a synthétisé les enjeux de ce projet expérimental et pointé du doigt ce qui nous semblait essentiel — une approche pédagogique indispensable pour engager toutes les parties prenantes, quel que soit leur niveau de compréhension de ce sujet technique.

Le plan proposé pourrait se résumer en quelques mots : il s’agit d’implanter une espèce en compétition avec la Crassule sur les espaces déjà envahis, complété par quelques travaux de curage et de stabilisation de la matière organique déposée au fond de la préretenue. L’espèce retenue : le roseau. Celui-ci limitera la photosynthèse de la Crassule de Helms, pour devenir un concurrent sérieux vis-à-vis des nutriments — ce qui freinera drastiquement le développement de l’espèce invasive. Ce projet expérimental incarne pleinement notre vision du génie écologique : mettre en œuvre des moyens et techniques basés sur les écosystèmes, en créant les conditions pour favoriser leur résilience. Prochaine étape : les études opérationnelles.